20 février 2010

16 Janvier: Angastaco - Laguna Brealito

Finca del carmen, 16 janvier, après le lever du soleil.
Nous sommes à Angastaco, sur la ruta 40 qui relie Cafayate à Cachi. Cette portion de la route n'étant pas autorisée aux transports en commun, nous avons donc laissé de nombreux touristes à Cafayate.

Juchée en haut d'une butte, la Finca del Carmen est un vrai oasis au milieu du désert. Son petit étang habité par des aigrettes permet l'irrigation des champs d'épices et d'oignons de la propriété.
Dans ces terres arides et désertiques des Valle Calchaquies, autant de vert surprend.
39 kms plus loin nous quittons la 40 et bifurquons en direction de Molinos pour poursuivre jusqu'à Colomé. La piste jusqu'à Molinos est relativement bien entretenue. En revanche, les 15 kms de piste jusqu'à Colomé sont en très mauvais état et le 4X4 conseillé.
Le village de quelques âmes jouxtant l'entrée de la bodega est charmant.

Tout est tellement impeccable et vert, que l'on a un peu de mal à imaginer que l'on est dans un village perdu de la Cordillère, surtout après avoir vu Molinos et ses terres arides. Cela est tellement différent de tout ce que nous avons vu que nous demeurons perplexes.
L'arrivée dans la bodega va accentuer ce sentiment!
Portail automatique avec visiophone à l'entrée.
Un, deux, trois...
Bienvenue dans une bodega ultra moderne du XXIème siècle...

Toutes les techniques les plus avancées sont présentes en ce lieu: la mise en pratique des dernières avancées en termes de mesure, d'impact et de gestion de l'oxygène au cours des différentes étapes de la production du vin; le contrôle systématique de l'arrosage afin d'en optimiser l'utilisation; la "agricutura biodinamica" ...

Cuves ultra design, caméras de surveillance omniprésentes, salon de dégustation digne d'un Relais Château, salle de cinéma pour projection privée, musée d'Art Contemporain, piste d'atterrissage...

Politique marketing au top...
Trop, c'est trop...
Tout cela semble totalement aseptisé et sans vie. La vigne: interdiction formelle d'y mettre un pied. Les cuves: un vrai bloc opératoire. Le laboratoire: secret défense!
La visite: 30 pesos argentin!
Et pourtant...
Que ce Torrontés est bon!

Propriété Colomé.
Mais se rendre compte à posteriori, que nous avons payé le vin 35% plus cher que dans les caves à vin de Salta, nous laissera un goût amer en bouche (surtout que nous avons acheté deux caisses!).
Pourtant, nous aurions dû être un peu plus attentifs...
De nombreux signes dont les tags à demi-effacés sur les falaises à la sortie de la propriété auraient dû nous alerter: "gringo", "gringa", "agua", "trabajo", "nuestra tierra"...
Car à bien y réfléchir, c'est quoi la Bodega Colomé?

Historiquement, le vignoble fut planté en 1879 par Felipe Rutini. Situé entre 2200 et 3000m cela en fait un des vignobles les plus hauts de la planète. L'histoire lui confert toutes ses lettres de noblesse puisque les vignes mères des sépages Cabernet Sauvignon et Malbec sont arrivées de Bordeaux, il y a plus de 150 ans avant l'épidémie de phylloxera. Une légende était née.
Cela n'a pas échappé à Donald Hess, qui en 2001, acheta la propriété.
Sa volonté clairement affichée est que les vins Colomé deviennent parmi les plus chers du monde. Tous les moyens ont donc été mis en place pour réaliser cet objectif. Oenologue Français, ingénieur hydrologue Suisse, staff international ...
Jusque là rien de très anormal.
Jusqu'à la vision de l'immense bassin de rétention d'eau qui capte les eaux du Rio Humanao en amont de la propriété. Or, le rio est sensé courir jusqu'à Molinos pour rejoindre ensuite les eaux du Rio Calchaqui. Pourtant, le Rio à Molinos est totalement asséché. So quid?
Quid de ce pays où l'état et les régions vendent des montagnes et des parcs régionaux à des privés? Quid de ce pays où les intérêts privés de quelques politiques supplantent l'intérêt général? Quid du détournement d'un rio qui rend toute culture impossible 20kms plus bas?
Petit crochet dans ce charmant bourg de Molinos.


Et nous reprenons la Ruta 40 en direction de la Laguna Brealito. Le chemin pour accéder à la laguna est difficile. L'arrivée: magique!


Des eaux vertes émeraudes, des cactus immenses, des dizaines de colibris, un ciel bleu profond...
Puis, ce silence absolu.
Puisque ce lieu normalement prisé par les pêcheurs de pejerrey est vide!



Nous montons les deux tentes. Le repas sera sans poisson, mais dans la joie et la bonne humeur!


Pourtant notre pêcheur en herbe s'était donné bien du mal!

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