26 août 2009

Au campo...

Vivre en Uruguay sans aller passer quelques jours dans une estancia perdue dans le campo, c'est comme aller à Paris sans voir la tour Eiffel! Plus sérieusement, c'est méconnaître l'âme gaucho, la rudesse de ces hivers froids balayés par le pampero, la chaleur caniculaire de ces étés sans pluie, la rudesse de ces terres qui marque à jamais l'âme et les visages de ces peons solitaires. C'est l'identité de ce pays.
Seulement, être invité dans une hacienda c'est un peu compliqué et il faut bien dire que peu d'entre nous avons eu le privilège de vivre une telle expérience.
Aussi, quand mon amie T. m'a proposée de venir passer quatre jours dans l'estancia de ses parents, située entre Durazno et Tacuarembo (nord de l'Uruguay), mon bonheur était complet.
Nous sommes arrivés samedi en début d'après midi. Après 10 kilomètres de route non asphaltée, nous avons découvert la propriété. L'immensité du lieu nous a immédiatement saisi. 4000 hectares de campo, des milliers de vaches et de moutons, des chevaux galopant et ivrent de liberté. Au loin, les rivages du Rio Negro qui délimitent de ses teintes argentées, la fin du domaine... Sublime.
Aussitôt arrivés, aussitôt en selle!
La selle traditionnelle du gaucho - le recado - est constituée de plusieurs couches de tissus, de cuir et de peaux de mouton. Seller un criollo relève d'un vrai rituel. Il faut tout d'abord mettre un tapis contre la sueur appellé jergón. Celui-ci est recouvert d'un deuxième tapis qui est une couverture de laine: carona. Vient ensuite la selle, très caractéristique puisque faite de deux morceaux assemblés, que l'on nomme le basto. La selle est sanglée par une large sangle en rawhide sur laquelle les étriers sont fixés: c'est la cincha (c'est le cas de la monture ci-dessous). Sur la monture on place une peau de mouton (pelegos), fixée avec une sangle en cuir (la Sobrecincha).
Et cela donne ceci:


T. en pleine action et qui pendant quatre jours n'a cessé de seller et de deseller les six chevaux... Besos querida, et j'espère ne pas avoir trop déformé la tradition Criolla.
Comme un bonheur n'arrive jamais seul, M. s'est rapidement transformé en gaucho! Au bout de trois jours, ce poids léger partait au galop avec une assiette impeccable... Enfin c'est pas moi qui le dit, c'est T., puisque pour ma part je fermais les yeux pour ne pas voir le spectacle...


Notre petit V., au pas, mais heureux!
Pour faire les sangles et les rênes, les gauchos utilisent la peau des bêtes qu'ils coupent ensuite en fines lamelles et tressent avec soin. L'aspect du tressage est très semblable au "seden" camarguais, qui lui est fait avec le crin des chevaux.
Le lundi, une autre surprise nous attendait. Sachant que nous allions passer quelques jours, le père de T. avait décidé que ce jour là aurait lieu la fameuse Señalada. Une fois par an, à lieu cet évènement qui consiste à marquer les agneaux, leur couper la queue (à ras pour les femelles et légèrement plus long pour les mâles), les castrer et les vacciner.
Cela donne ceci:

Nos cinq garçons ont eu pour mission d'attraper les agneaux! Que du bonheur...
Une fois l'opération effectuée, les agneaux cherchent leurs mères qui pour l'instant n'ont pas été libérées! Le spectacle des retrouvailles est étonnant: les brebis sentent les agneaux pour savoir si ils proviennent bien de leur progéniture quant à ces derniers ils bêlent "maman".
Après vient le barbecue de queues de mouton. Délicieux! Non je rigole!
Et sur le campo...

Le calme absolu...
Un havre de paix.
Moment parfait.
Merci T...

20 août 2009

Grippe groin groin suite...


Alors que l'hiver est encore bien présent en Uruguay, que les températures attendues pour la semaine prochaine ne dépasseront pas les 10°, et qu'il est donc à craindre une nouvelle recrudescence de cas de grippe H1N1 sur le territoire, je ne peux m'empêcher de vous raconter quel a été mon ressenti en arrivant en France début juillet.

Aussitôt débarquée à Lyon Saint Exupéry, j'ai eu l'impression d'être dans une adaptation d'un roman de science-fiction Orwellien. Ce sentiment s'est encore accentué en gare de Lyon à Paris. Je conçois que l'on respecte le principe de précaution, mais passer en boucle un message spécifiant les premiers signes de grippe et la conduite à tenir, va finir par lobotomiser ces pauvres Parisiens avant le début de l'hiver.

Cela donne à peu près cela: "En cas de symptômes grippaux (apparition brutale de fièvre de plus de 38 °C, accompagnée de toux, de difficultés respiratoires, de courbatures et de douleurs musculaires): les personnes présentant ces symptômes sont priées de contacter leur médecin par téléphone afin de voir avec lui de quelle manière procéder."

Le tout énoncé par une voix standardisée (type "annonce SNCF"), toutes les 5 minutes... Insupportable!

J'avais vraiment l'impression que si je mettais autour de mon cou un panneau: "J'arrive d'Argentine foyer maximal de la pandémie", j'allais d'un seul coup pouvoir enfin être seule dans la rame du métro... J'aurais dû essayer...

La première question qui m'est venue à l'esprit est: pourquoi? A cela plusieurs réponses qui ne sont sûrement pas l'objet de ce blog.

Alors pour faire simple et ne pas délirer dans les méandres de mes pensées fantaisistes, voici ce que nous avons vécu ici depuis plus de trois mois.

Fin juin nous étions en pleine pandémie. Plusieurs écoles étaient fermées et le lycée français ne comptait plus que 8 à 10 enfants en classe de primaire. Contamination ou peur de la contamination?

Quoiqu'il en soit le bilan dans ce pays fortement touché (puisque de source AFP le plus touché du cône Sud par rapport au nombre d'habitants) est celui-ci:

A ce jour l'Uruguay compte 25 morts de grippe (90% H1N1). Les autorités prévoient 80 morts avant l'été (21 décembre), soit au final, le même nombre de décés liés à la grippe que... l'année dernière.

So quid?

Tout au long de l'été, le gouvernement français n'a pas lésiné sur la communication. "La vigilance est de règle", n'a cessé de répéter la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, notamment après que le professeur Bernard Debré eut qualifié ce virus de "grippette". "Le pays est prêt à affronter la grippe A", martelait à son tour le premier ministre, François Fillon. Puis le ministre de l'éducation, Luc Chatel, évoquait l'hypothèse d'une fermeture de "toutes les écoles", si nécessaire, avant d'assurer qu'il ne fallait pas "dramatiser".

"Le Monde" écrit: "Le gouvernement n'a-t-il pas abusé de la mise en scène de sa propre vigilance ? "Je préfère qu'on nous reproche aujourd'hui d'en faire trop plutôt que de nous reprocher dans trois mois de ne pas en avoir fait assez", vient de répliquer Mme Bachelot dans un entretien à L'Express. On la comprend : le traitement désinvolte, par le ministre de la santé de l'époque, de la canicule meurtrière de l'été 2003 est dans toutes les mémoires. En outre, la mission première des pouvoirs publics est d'assurer la protection des citoyens : mieux vaut donc appliquer le principe de précaution que de se trouver confronté à une pandémie incontrôlable et se voir accuser de négligence."

Certes.

L'exercice est d'autant plus délicat que les incertitudes sont multiples. Ainsi, on mesure encore mal le danger de ce virus H1N1, certes beaucoup plus contagieux qu'une grippe classique (ici près de 10% de la population a été à ce jour touchée), mais moins redoutable puisqu'il n'a jusqu'à présent causé, si j'ose dire, que 1 799 morts dans le monde. De même, il est difficile de prévoir quand aura lieu le pic de l'épidémie et si le vaccin en cours d'élaboration aura pu être administré auparavant. Mais la question est de savoir: quelle est la légitimité d'une vaccination à grande échelle? Sauf en cas de mutation du virus... Mais dans ce cas le vaccin en cours ne serait plus efficace...
So... Je reste perplexe?

Il y a eu 2000 morts l'année dernière en France liées au virus de la grippe. Combien cette année?...
Soit "on nous cache tout on nous dit rien" pour parodier ce cher Dutronc soit on nous prend tous pour des ....

18 août 2009

"Comme des voiliers" sur RTL

Retrouvez moi sur RTL dans le podcast de "Destination Ailleurs" du 18 août.
Je sais, je sais c'est pas Inter... Mais c'était quand même sympa d'être invitée par RTL pour témoigner de notre nouvelle vie en Uruguay. Cela permet aussi de parler un peu de ce pays cher à nos coeurs d'expatriés dont on évoque que si peu la destination.

12 août 2009

Y vos por qué viniste a enterrarte aca?

Depuis que nous sommes en Uruguay, il ne passe pas une semaine sans que l'on me pose La Question: "Mais qu'est ce que tu es venue faire ici?". Vous avez beau leur expliquer que vous aimez leur pays, qu'il y a ici une vraie qualité de vie, loin du stress et de la pollution des grandes villes Européennes, rien ni fait. Pour eux leur pays est trop petit, il n'y a pas grand chose à faire, ce n'est pas cosmopolite comme Buenos Aires, joyeux comme Rio, excitant comme Paris; bref, à leurs yeux, l'Uruguay offre bien peu d'émotion pour une Française.
Leila Macor, journaliste à l'AFP, le résume très bien dans un livre que je vous recommande ("Lamentablemente estamos bien"), en disant:

"Si Uruguay fuera una persona, la enviaria inmediatamente a terapia. Porque parece ser una inteligente y talentosa chica anorexica, obsesionada con su identidad y con serios problemas de autoestima, que consigue ahuyentar a todo el que se le acerque"

"Si l'uruguay était une personne vous l'enverriez immédiatement consulter un psy, tant elle paraît être une fille anorexique intelligente et talentueuse obsessionnée par son identité et avec un sérieux problème d'auto-estime qu'elle transmet à tout ceux qui l'approchent".

Mais en fait, la réalité est toute autre, et c'est le jour où l'un de mes enfants a promis fidélité au drapeau Uruguayen, que j'ai compris. Petite explication: il faut savoir que la promesse de fidélité au drapeau est une cérémonie obligatoire pour les enfants rentrant en CP. Le même jour les élèves de 5ème jurent fidélité au drapeau. Or, il y avait tellement d'émotion, de ferveur chez ces enfants et chez ces adultes, que l'image du pays dans lequel on vient s'enterrer s'est effondrée comme un château de cartes.

En fait les Uruguayens sont fiers de leur pays, de leur culture, de leurs valeurs, mais par timidité, réserve et humilité, ils préfèrent le dénigrer plutôt que d'avouer à quelqu'un "del primer mundo" que leur pays est tout simplement beau et attachant.

11 août 2009

Uruguay: retour sur le passé...


30 ans de prison incompressibles requis contre l'ancien dictateur


MONTEVIDEO — Le parquet uruguayen a requis 45 ans de prison, dont 30 incompressibles, contre l'ancien dictateur Juan Maria Bordaberry, accusé de violations des droits de l'Homme durant son régime (1973-1976), a indiqué à l'AFP le procureur, Ana Maria Tellechea.
Etant donné les délais dont dispose la défense pour plaider la cause de l'ex-dictateur, âgé de 81 ans, le verdict n'est cependant pas attendu avant le début d'année prochaine.
M. Bordaberry, arrêté en novembre 2006 puis placé en résidence surveillée depuis 2007 en raison de problèmes de santé, est accusé de "disparitions forcées", "homicides particulièrement aggravés" et "atteinte à la Constitution".
L'ancien homme fort de l'Uruguay est notamment mis en cause dans l'assassinat de deux militants communistes, Fernando Miranda et Ubagesner Chaves Sosa, dont les restes ont été retrouvés lors de fouilles dans deux propriétés de l'armée en 2005 et 2006.
Il avait été arrêté en novembre 2006 pour son rôle dans l'assassinat en 1976 à Buenos Aires de quatre opposants au régime uruguayen: le sénateur Zelmar Michelini, le président de la Chambre des députés Hector Gutierrez Ruiz et les militants tupamaros (guérilla de l'époque) William Whitelaw et Rosario Barredo.
Le procureur chargé de cette partie du dossier n'a pas encore rendu ses réquisitions.
La traduction de M. Bordaberry devant la justice constitue une première historique en Uruguay, où une loi d'amnistie votée en 1986 exempte de poursuites les militaires et les policiers pour les crimes commis sous la dictature.
En tant que civil, M. Bordaberry, auteur du coup d'Etat du 17 juin 1973, n'était pas protégé par cette loi de "caducité" qui pourrait être abolie en fin d'année. Un référendum sur le sujet est convoqué le 25 octobre, en même temps que le premier tour de l'élection présidentielle.

Dépêche AFP