
Petite entrée... en matière!


Après une nuit qui pourrait figurer dans les annales de ce qui se fait de pire en matière de camping, nous nous extirpons de la tente crevés et bien décidés à trouver un coin au calme. Ce matin nous aimerions réellement manger un hot dog au sens strict du terme… En effet deux chiens ont passé l’intégralité de la nuit à aboyer . Le concert a commencé à 23H00 et s’est terminé à 6H30… Alors autant dire que nous sommes à cran. Cinq cafés plus tard, et nous voici en route pour Valdivia sur la côte Pacifique. Sur l’autoroute cinq, c’est toujours le même constat : nous avons l’impression d’être sur la portion qui rejoint Chambéry à Annecy ! Une fois sur la nationale c’est encore pire : les massifs de mûres sauvages, le relief, la forme des massifs, tout nous rappelle la Vanoise. A l’approche de Valdivia, le terrain commence à changer et le paysage commence à être nouveau pour nous. Pas de doute nous quittons l’univers des montagnes pour celui bien spécifique de Pacifique. C’est vraiment dans cette ville, capitale de la neuvième région du Chili, que l’influence allemande est la plus forte. Pour en comprendre le sens, il faut connaître l’histoire de la conquête de ces territoires que sont la neuvième et la dixième régions. La conquête du nouveau monde par les Espagnols fut par bien des aspects brutale pour les peuples indigènes. De nombreuses tribus indiennes furent massacrées ou réduites à l’esclavage. Quand les Espagnols arrivent à Valdivia en 1552, les indiens présents sur le territoire sont, comme en Argentine, les Mapuches. Comme ils l’ont fait auparavant sur les autres terres d’Amérique latine, les colons annexent les territoires et soumettent ce peuple à leurs règles. Ce qui va changer à tout jamais le processus de colonisation est la révolte du peuple Mapuche en 1599. Cette très importante tribu va en quelques jours prendre le contrôle de la ville, enchaîner les femmes de colons et les forcer à se promener nues dans toute la ville, emprisonner les hommes et en tuer un certain nombre. Complètement déstabilisé par cette rébellion le virrey du Pérou décide d’évacuer totalement la zone. Cet épisode va laisser des marques indélébiles dans l’esprit des colons Espagnols. Il y eut des tentatives de recolonisation, chaque fois mises en échec par la volonté des Mapuches à ne pas se soumettre. Ce n’est qu’en 1645 que le Virrey du Pérou demande à ce que soit fortifier la ville, qui d’un point de vue stratégique est la dernière ville susceptible de devenir un port de ravitaillement sur la route du détroit de Magellan. Mais la ville est exclusivement peuplée de militaires. C’est à partir de 1740 que commenceront à revenir des colons espagnols. Par rapport aux autres territoires d’Amérique latine, cette région compte donc 200 ans de moins de colonisation Espagnole. Et c’est à partir de 1849, que par hasard, le processus de colonisation va changer. Un naturaliste Allemand : Rudolph Amandus Philippi est envoyé par Berlin pour étudier la flore du 40ème parallèle. Ce dernier va revenir dans son pays en même temps que Carlos Anwandter, un intellectuel Allemand, complètement émerveillés par la beauté des lieux. Ils vont convaincre un grand nombre d’intellectuels, industriels, grands exploitants agricoles, de tout quitter pour venir s’installer dans la neuvième région du Chili. Entre 1850 et 1875 une vague sans précédent d’immigrants allemands arriveront dans toute la région, changeant les mentalités et faisant de Valdivia, à la fin du XIXème siècle, la ville la plus industriellement et économiquement développée du Chili. On était tellement en Allemagne dans cette région, que durant la deuxième guerre mondiale, Valdivia comme d’autres villes allemandes du Chili, fut enregistrée dans la liste noire de la communauté internationale (bloquant ainsi toutes les opérations commerciales). Les Mapuches, quant à eux, tolérèrent ces colons venus d’ailleurs puisque les Allemands leur ont toujours laissé leurs terres et n’ont pas cherché à s’interférer dans leurs coutumes.


Géographiquement, la ville est un estuaire avec plus de 10 fleuves qui s’entrecroisent, donnant naissance à de petites îles et presqu’îles. La végétation est dense, les couleurs superbes. A la pointe, à l’ouest de la ville : le Pacifique. Nous sommes éblouis. Nous arrivons près de Niebla et longeons la côte faite de pittoresques villages de pêcheurs à flan de falaise. La vue est tellement extraordinaire que nous décidons de nous arrêter deux jours dans une cabana à Los Molinos. Au programme farniente, longues promenades au bord de l'océan pour admirer la flore marine, s'émerveiller des vols rasants des aigles au matin et se régaler de crabes à volonté !
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