22 août 2008

Maté ou pas maté?


Il y a deux interrogations qui reviennent régulièrement dans les conversations que j'ai avec les Uruguayiens. La première totalement évidente pour eux: "Y no extrañas Francia?", tant il leur est difficile d'imaginer que quelqu'un ait envie de quitter "el primer mundo" pour s'installer dans "le tercero".


Et la deuxième tout aussi évidente: "Pero no tomas mate?". Et là on peut s'apercevoir qu'il y a autant d'incrédulité face à l'une ou l'autre des réponses.


Comment peut-on ne pas regretter la France et en plus ne pas boire de maté? Le plus grand scepticisme est de rigueur...

Mais qu'es acò le maté?

Les Anglais boivent du thé, les Ecossais du whisky, les Russes de la vodka, les Mexicains de la tequila, nous du vin, les Uruguayiens boivent... bon ils boivent un peu tout ce que je viens de citer, mais ils boivent aussi du maté, a l'instar de leurs voisins Chiliens et Argentins.
Le maté est un petit arbuste, cultivé dans le nord argentin et en Uruguay, dont on récolte les feuilles régulièrement afin de produire de la Yerba Mate, de l'herbe à maté. Cela ressemble plus ou moins à du thé, mais en beaucoup plus grossier : plus d'impuretés, feuilles coupées moins finement, etc. Il existe autant de variété de Yerba Maté que de façon de prononcer mon prénom en espagnol puisque le goût de chaque herbe dépend, un peu comme les vins, du lieu de production, du temps de séchage, du temps qu'il a fait, etc. Les néophytes y verront peu de différence, mais vous ne tromperez pas un connaisseur.


Pour faire un maté dans les règles de l'art (il est également possible de le faire comme une infusion classique, mais cela perd alors tout son aspect convivial, rituel et didactique), il faut préalablement se munir de Yerba Maté, du maté proprement dit, et d'une bombilla. La bombilla (prononcer bombija) est un petit tube en acier ou en bois, qui va servir de paille, et dont l'un des bouts fait office de filtre pour empêcher l'herbe de monter. Le maté est un petit contenant, en bois, acier, calebasse, etc. qui va accueillir l'herbe et l'eau chaude.




Une fois tous ces éléments réunis, le rituel peut commencer. Nous allons tout d'abord remplir jusqu'au 3/4 le maté de Yerba. Ceci effectué, posez votre paume sur l'ouverture du maté afin de le fermer hermétiquement, et secouez fortement. Une petite couche de poussière va se déposer sur votre main. Enlevez là soigneusement (n'oubliez pas que là tous vos convives vous observent) et répétez l'opération plusieurs fois. Une fois que vous estimerez que l'épuration de l'herbe a été suffisante, ou lorsque les premières crampes se feront sentir, reposez le maté et faites bouillir de l'eau. Les personnes prévoyantes l'auront faite bouillir pendant la première phase, mais je débute...

En fait, il ne faut pas tout à fait que l'eau bout (à l'instar du thé): l'idéal est d'atteindre une température un peu inférieure à 80°, afin de ne pas brûler le maté. Mais nous n'avons pas de cuisine, juste une bouilloire électrique, alors un thermomètre culinaire, pensez-vous... Nous allons donc y aller au feeling. Lorsque la température vous paraît bonne, versez doucement de l'eau jusqu'à effleurer le haut de l'herbe. Insérez alors doucement la bombilla dans l'herbe humidifiée en en bouchant la partie supérieure. Une fois insérée la bombilla, vous pouvez compléter en rajoutant un peu d'eau. Ca y est, votre maté est prêt.

Enfin prêt, pas tout à fait. Parce que le maté est amer. Très amer. Extrêmement amer. L'expression exacte qui vous vient à l'esprit lorsque vous goûtez du maté pour la première fois serait d'ailleurs assez proche de "ah!, c'est dégueu", c'est tout dire. La solution de survie consiste donc à disposer une quantité de sucre assez conséquente sur l'herbe, avant d'y verser l'eau. Cela permet de ne pas être trop ridicule en société en nous évitant de grimacer sous l'effet de l'amertume.


Une fois le rituel terminé commence le rôle convivial du maté. Un maté circule de main en main et de bouche en bouche, chacun buvant tour à tour après l'avoir rempli d'eau chaude. L'herbe à maté peut en effet être utilisée assez longtemps : il n'est pas nécessaire de la changer après chaque infusion. Et c'est heureux car finalement il y a assez peu à boire : le contenant est petit et l'herbe prend beaucoup de place. Un même maté peut donc être utilisé toute une soirée si l'on n'est pas trop nombreux. Il faut changer l'herbe quand elle commence à flotter. Le qualificatif utilisé plus haut est alors une nouvelle fois de rigueur...

On peut également y ajouter le cérémonial qui consiste à le remplir régulièrement d'eau chaude, etc. Cela marche un peu comme une "cigarette qui fait rire" que l'on se passe de main en main et qu'il faut régulièrement rallumer. Sauf que c'est légal et qu'il n'y a pas d'effet secondaire à son absorption.

Comme je le disais plus haut, le maté est donc une institution en Uruguay: il est très fréquent de voir des professeurs en classe, des amoureux dans des parcs, des employés dans leur bureau avec leur maté et leur thermos d'eau chaude. Cela fait un peu bizarre au début, surtout quand vous conduisez et que vous voyez le chauffeur de la voiture à côté de la votre qui ouvre son thermo, remplit son bol et commence à siroter, le tout... en conduisant, bien sûr. Il y a même des vendeurs d'eau chaude ambulants, lors des grandes manifestations, ou des distributeurs d'eau chaude à côté des distributeurs de canettes...

Plus qu'une coutume, le maté est une vraie institution qui n'a d'égal que le tango... c'est vous dire.

Je remercie vivement Ana qui ne m'a pas crue quand je lui ai dit que je n'avais jamais goûté, et qui m'a donc initiée. Sans elle tout ces détails de préparation me seraient à ce jour totalement inconnus. Mais bon, je pense que je vais rester à ma petite Ricoré...

Dimanche soir, c'est une autre fête traditionnelle ici: "La noche de la nostalgia". Tout le monde va danser!!!! Le tango, ça va de soit... Promis je vous raconterai.

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