14 juillet 2010

27-29 juin: Icaraï






Tout semble au ralenti sous les tropiques. La vie s’étire lentement comme si le jour levé trop tôt prolongeait cette torpeur matinale jusqu’au coucher du soleil.




Le vent souffle de façon régulière et suffisamment pour pouvoir faire gonfler la voile de kyte de D. La baie d’Icaraï est un superbe spot, enclavé dans un superbe écrin de verdure où les palmiers sont les joyaux. Une vingtaine d’éoliennes, véritables métronomes des voileux de tous bords, tournent sans relâche sur la partie ouest d’Icaraï.



La température de l’océan est invariablement à 28°, rendant superflu le port d’une combinaison. Très vite nos peaux se parent d’un hâle doré, nos démarches ralentissent, nous nous laissons gagner par le slowing ! Seul moment d’accélération dans cette vie au ralentie, le match de football qui va opposer le Brésil au Chili. Les pêcheurs se regroupent dans des maisons de fortune aux antennes satellites proéminentes. Après deux buts du Brésil, je décide d’aller faire quelques clichés dans ce village fantôme aux plages désertées. En effet, à part un pêcheur afféré à la réparation de la coque de sa barque, il n’y a plus âme qui vive dans les rues. Au coup de sifflet final, les enfants courent vers la place du village, les adultes exultent et tirent des pétards, et malgré la nuit qui va tomber, une partie de football s’improvise sur la plage. Le Brésil vibre, le Brésil vit.

Le 29 juin, nous partons en buggy découvrir les nombreuses lagunes prisonnières des dunes. Le spectacle est grandiose.
Nous longeons la plage sur 15 kilomètres et partout des jangadas (petites embarcations à voile) quittent le rivage pour faire une procession en mer. C’est le jour de la Sao Pedro, et tous les pêcheurs de la côte de Ceara célèbrent leur saint patron. Les femmes rassemblées en procession chantent des louanges et implorent Saint Pierre tandis que les hommes et les enfants partent en mer jeter des fleurs. Les vents violents qui font la joie des kyters sur cette partie très exposée du Brésil sont parfois bien meurtriers et couvrent bien trop souvent l’océan d’un voile noir.

Les garçons sont invités à monter à bord. La simplicité des gens est désarmante et nous décidons de prolonger notre halte. Après la messe dite en plein air autour d’une longue table qui par certains côtés me rappelle l’épisode de la cène, nous déjeunons dans un restaurant de fortune aux assiettes ébréchées, aux couverts sales et à l’arrière cour digne du temps du choléra. Immédiatement je transmets deux consignes aux enfants qui me regardent interloqués mais ravis : ne pas boire l’eau qui vient d’arriver dans une bouteille Coca Cola, mais commander réellement ladite boisson et manger avec les doigts ! Les langoustes n’en sont que meilleures !

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