Voici maintenant près de quinze jours que je lézarde, plus que la décense ne peut l'autoriser, sur une plage et pas n'importe laquelle: la fameuse, l'incontournable, la très trendy plage de la Huella, Jose Ignacio, Uruguay. Quand on sait que de nombreuses célébrités dont Bill Gates et Shakira ont choisi ce cadre comme lieu de villégiature, on ne s'étonne plus de rien. Enfin presque...
Outre une inflation des prix jamais égalée dans aucun pays, il est un phénomène local qui a retenu toute mon attention: les Porteños. Mais qui sont-ils?
Comme vous avez pu le comprendre dans un des mes derniers messages, Jose Ignacio est un village Argentin pendant la temporada alta (de fin décembre à mi-février). Mais attention: comme il y a Français et Français (Parisien et le reste de l'hexagone), il y a Argentins et Argentins (les Porteños puis le reste...).
Littéralement l'appellation "Porteños" designe les gens du port. Mais pas n'importe lequel, vous l'aurez compris: celui de Buenos Aires. Si dans leur ville ils ne sont, somme toute, pas différents de tous les résidents de capitales: accueillants, bien que sûrs d'eux et un rien arrogants; ils mutent en passant la frontière comme si les 10 heures d'attente à la douane de Paysandu leur avaient fait perdre quelques neurones. Aussi, transposés dans l'univers uruguayen, cela prend une toute autre dimension comme si leur "moi profond" explosait sous le soleil.
Le Porteño est beau... n'en déplaise à certain. C'est un mélange explosif Italiano-Espagnol tempéré par le caractère Gaucho dont tous revendiquent la paternité. Bref: c'est une bombe. Il s'entretient, court 10 kms par jour à midi, au bord de la route qui mène de la Huella à la Juanita, espérant être vu, reconnu, et plus si affinités... Il parle en faisant de grands gestes, au cas où (chose plus qu'improbable) personne ne l'ait remarqué. Il ne dit jamais merci, ne s'excuse pas quand un de ses ballons vient vous fracasser le dos, laisse consciencieusement ces déchets sur le sable, vous passe délibérément devant dans n'importe quel magasin et vous klaxonne pour un oui pour un non car vous avez la malchance d'avoir une des trois plaques Uruguayennes des alentours...
Le Porteño joue avec ses enfants sur la plage, non par goût, mais parce que lui même est resté un grand enfant. Pour preuve, il n'ait qu'à voir la Porteña (sa femme) qui ressemble plus à une poupée qu'à un être humain. Chez elle, tout est refait: des seins, aux lèvres, aux fessiers. Il n'y a pas une partie qui est échappée aux bons soins de monsieur bistouri. Pour afficher ses attributs fraîchement remoulés, la Porteña déambule nonchalemment en string et haut 32 à la limite de l'explosion: c'est magique! On a l'impression d'être sur la lune et que tout ce qui nous entoure est en apesanteur. Ca lévite...Magique, je vous dis... c'est magique!
Ce spectacle, si consternant soit-il, m'a amusée jusqu'au moment où j'ai surpris un adulte traité de "boludo" mon fils ainé, qui voulait participer à une course d'enfants. Certes, Adrien ne faisait pas parti du groupe de copains... Mais ce n'était qu'une course d'enfants.
Je sais que si vous demandez à un argentin (qui utilise cette sémentique environ 50 fois par jour), il va vous répondre:
Ici on dit "Che Boludo!", c'est comme ça. Chez nous on dirait plutôt "Salut vieux!", ou "Hey mec!" ou encore "Yo man!" ou même "Wesh gros!". Jusque là ça va, pas de difficulté majeure. La chose se complique quand on sait que boludo c'est comme l'Allemand ça se décline à l'infini. Il faut un petit moment avant de pouvoir cerner la chose. En gros un boludo c'est un guignol, un bout-en-train, un amuseur de gallerie, ou un C...... Mais si vous demandez à un argentin ce que c'est qu'un boludo, ce ne sera jamais très clair. Il va vous répondre quelque chose comme..."Boludo? Yo qué sé? Boludo? Un Boludo! Un boludo es un boludo que...sabes?..RAhhh qué boludo!" Au quotidien ca donne quelque chose comme ça...
D'où la difficulté d'appréciation du terme...
N'empêche que moi, ce dont je rêve, c'est d'un exode massif des Porteños vers leur sacré port. Que Jose Ignacio redevienne Uruguayen. Que la plage soit privée de ces cabanes de bois et de ces parasols qui la défigurent. Que mes enfants jouent avec les fils de pêcheurs sur un sable immaculé. Amis Uruguayens, vous qui entretenez un complexe majeur envers votre grande soeur Argentine, sachez que vous avez bien des qualités, dont deux que les Porteños ne peuvent pas comprendre la signification: la simplicité et la véracité.
1 commentaire:
superbe article, belle plume, belle image de l'Uruguay... si je n'étais pas déjà là je viendrai volontiers voir ! merci Agnès, et à bientôt, non ?!
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