15 novembre 2010

Supervielle



Pâle soleil d’oubli, lune de la mémoire,
Que draines-tu au fond de tes sourdes contrées ?
Est-ce là ce peu que tu donnes à boire
Ces gouttes d’eau, le vin que je te confiai ?


Que vas-tu faire encor de ce beau jour d’été
Toi qui me changes tout quand tu ne l’as gâté ?
Soit, ne me les rends point tels que je te les donne
Cet air si précieux, ni ces chères personnes.

Que modèlent mes jours ta lumière et tes mains,
Refais par-dessus moi les voies du lendemain,
Et mène-moi le coeur dans les champs de vertige
Où l’herbe n’est plus l’herbe et doute sur sa tige.

Mais de quoi me plaignais-je, ô légère mémoire…
Qui avait soif ? Quelqu’un ne voulait-il pas boire ?



Mais avec tant d'oubli comment faire une rose,
Avec tant de départs comment faire un retour,
Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose
Et tant d'obscurité simule mal le jour.



Ecoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue,
Sans crainte libérez l'aile de votre coeur
Et que dans l'ombre enfin notre mémoire joue,
Nous redonnant le monde aux actives couleurs.



Le chêne redevient arbre et les ombres, plaine,
Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis ?
Que jusqu'à l'horizon la terre se souvienne
Et renaisse pour ceux qui s'en croyaient bannis !



Mémoire, soeur obscure et que je vois de face
Autant que le permet une image qui passe...





Oublieuse mémoire.

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