La veille au soir, je me suis aperçue d'une chose effroyable! Je maudis ma bêtise: la crétine, mais c'est pas possible d'être aussi crétine! La raison de ma fureur: le chargeur de mon Nikon! Oui, j'ai bien pris un chargeur, mais celui du Sony! Or ma batterie est presque vide et trouver quelqu'un qui aurait le même appareil photo que le mien, relève non plus de la chance mais du miracle! Nikon... pourquoi ai-je la soudaine impression d'une syllabe de trop? Le lendemain, ma fureur n'est toujours pas passée et il n'y a pas que les 32° à 8 heures du matin ou la note plus que salée de la pousada qui me font bouillir!
Allez! En route poulette, coq et coquelets, direction Paulino Neves, dans un bus aussi neuf et entretenu que les coucous communistes qui décollaient de Phnom Penh en 1999 (le pilote bourré en moins)!
L'ambiance dans le bus est conviviale. Le chauffeur quadrille consciencieusement toutes les rues de Barra Grande, s'arrêtant parfois pour discuter avec un passant ou plus incroyable pour récupérer une fourchette au bout de laquelle une côtelette encore chaude et odorante s'expose à la manière d'un trophée. Nous sommes dans le bus depuis 30 minutes, pourtant nous ne sommes toujours pas sortis de ce village qui en tout et pour tout doit compter 2000 habitants!
Et puis soudain, après un virage laborieusement négocié, le chauffeur qui jusqu'à présent avait difficilement dépassé les 10 kms/heure et qui très certainement vient de se rendre compte du retard accumulé, met en branle la carcasse de son engin et roule à tombeau ouvert sur la route non asphaltée. Je me mets alors à prier que l'écriteau que j'avais remarqué en entrant dans le bus: "Local protegido por DEUS 24 horas" ait un fond, juste un fond de vérité!
Et puis, non, non, non.... je ne regarderai pas l'état du plancher! Même pas peur du rafistolage recouvert d'une bâche en plastique qui ne cesse de bouger sous mes pieds, et qui laisse clairement apparaître le bitume que nous avons désormais rejoint!
120 minutes plus tard, nous arrivons sains et saufs à Parnaïba. Oui, les miracles existent au Brésil! Je me retourne et découvre stupéfaite Adrien et Victor tous deux enlacés dans une position invraisemblable et phénomène qui l'est tout autant: endormis! Cela fait trois ans que je suis convaincue que nos enfants sont de vrais routards; à ce point, je ne pensais pas!
14H00: changement de bus éclair à Parnaïba, nous montons cette fois dans un bus au plancher en état et climatisé, en direction de Tutoia. Arrivés à 16H00, nous aurons juste le temps de sortir les bagages des soutes de ce bus de rêve, de les transférer dans une carcasse ambulante, de monter à bord de ce mini bus sans âge aux sièges élimés et crasseux, pour repartir en direction de Paulino Neves. Pendant deux heures, mes pensées iront alternativement de la pauvreté toujours plus grande et présente au fur et à mesure que nous montons vers le nord , au traitement anti-poux que l'on va devoir effectuer ASAP, aux puces que je vois sauter avec allégresse d'un siège à l'autre et qui m'ont toujours adorée et puis bien sûr, à l'Uruguay qui est en train de jouer sa place en finale du Mondial!
Nous arrivons à Paulino Neves en fin de journée, plus exactement au moment du coup de sifflet final qui vient de consacrer les Hollandais. Les garçons sont tristes, je rêve d'une douche! Nous nous retrouvons chez Dona Maze, propriétaire d'une des rares pousadas du village. L'hôtel est humble mais propre et la critique gastronomique du Lonely a définitivement mis en éveil mes papilles gustatives. Dona Maze doit sa réputation à la fabuleuse mariscada dont elle régale ses clients et qui est considérée comme la meilleure de la région. Une douche, une mariscada, et j'oublierai peut-être que je commence à me gratter plus que de raison.
Malheureusement, Maze est fatiguée et part se coucher à 19H00. En relisant la critique un adjectif que j'avais sous estimé me saute aux yeux: "placide", l'auteur parle de la "placide Maze"... je confirme! Pour ce soir je me contenterai donc d'une douche!
Le lendemain, après une nuit épouvantable passée à chasser les moustiques, faire abstraction des coqs qui n'ont cessé de chanter toute la nuit et des puces qui commencent à se régaler de ma peau hâlée, je me lève épuisée à 6H00 peu après le lever du soleil. Tout prend vie à cet instant: une brume légère recouvre le rio Novo, trois enfants courent vers le fleuve et commencent leur toilette matinale. Les cris des mères retentissent déjà dans ces maisons sans fioriture que seule une nature généreuse pare de quelques attraits. Les barques, chargées de filets, descendent le courant tandis qu'un homme baigne deux chevaux. La vie semble s'accélérer aux aurores comme si l'excitation et l'activité matinales palliaient à la langueur des journées.
9H00. Le soleil déjà trop fort anesthésie les habitants. Une lente torpeur s'abat sur le village. Nous arrivons, non sans mal, à trouver un 4X4 qui assurera notre liaison jusqu'à Caburé, soit 25 kms. Ces 4X4 sont incontournables puisqu'aucun autre moyen de transport est capable de passer dans ces pistes de sable aux ornières profondes et multiples. De fait les tarifs appliqués sont totalement prohibitifs et nous nous estimons chanceux de trouver un véhicule à 180 reals soit 90 euros.
Nous traversons une partie des petits Lençois avant de rejoindre le bord de l'océan. Le temps est incertain, les gris se font de plus en plus métalliques, la pluie menace. J'essaie d'économiser au maximum ma batterie afin de pouvoir prendre des clichés des Lençois. Mais je ne résiste pas à sortir mon appareil devant ce spectacle:
2 commentaires:
La rareté des photos est largement compensée par la qualité du récit !
Merci Flo, c'est sympa ça!
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